Claire Mambourg

« A force de voir je finis par regarder - Je n’invente rien »
lundi 11 septembre 2017
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A la galerie de Wégimont Culture
du 23 septembre au 29 octobre 2017.
Vernissage le vendredi 22 septembre à 18h30

Claire veut faire de l’art depuis le début.
Elle devra patienter un peu.

 Claire Mambourg « Présence » Werner Moron

Elle a douze ans en 1960. À l’école primaire, elle se fait sévèrement punir parce qu’elle dessine son institutrice toute nue. Les parents sont convoqués, on lui reconnaît une certaine capacité mais il faut que tout rentre au plus vite dans l’ordre des choses de l’époque.
Pendant son adolescence, elle se partagera entre la vie d’une bande d’amis qui écoutent de la musique, parlent de ce dont on parle dans les années soixante et une vie plus introspective. La jeune fille n’a pas peur de partir seule et longtemps dans la forêt. Elle collectionne les images fugaces, d’oiseaux dans un certain ciel, d’écureuils juste avant la neige, et de cailloux qui lui parlent…
Les émotions qui se dégagent de ce qu’elle voit dans la nature la poussent vers l’envie de les conserver. Elle deviendra collectionneuse. Elle va accumuler des dessins, des esquisses de ce qui s’offre à elle pendant ses escapades et en même temps, elle va exhumer des fragments du paysage : des feuilles qui sifflent, des branches imprimées de lichen, des nids à réparer, des pierres qui parlent de la vie avant l’apparition de l’homme et des impressions tenaces.

À partir de quatorze ou quinze ans, Claire va prendre des cours de peinture chez le peintre Mathieu. Elle voit dans les agencements de la pâte pour faire un paysage, dans la juxtaposition des couleurs, une possibilité de remettre de l’ordre dans sa collection d’images intérieures. Ce miracle d’une vie qui se déploie sur une surface plane, cette possibilité – en passant par des moyens techniques et émotionnels – de rendre compte du vent, de la brume, du sentiment qui était le nôtre devant le spectacle de la nature, l’absorbe tout à fait.
Dès ses humanités, elle souhaite s’orienter vers la peinture. Mais la famille ne le voit pas de cet oeil-là. Les choses de l’art comme une saine occupation oui, mais en faire une profession, une aventure, sûrement pas.
À partir de l’âge de trente-cinq ans, elle ira à l’Académie du soir de Liège, elle suivra les cours de gravure à l’Académie de Tournai ainsi que, régulièrement, des ateliers à l’Académie d’été de Libramont. Les expositions viennent très vite, la machine impatiente est en marche et va avaler tout sur son passage. La jeune artiste prendra le nom de son mari, Paul-Henri Mambourg.

Il sera, non seulement, réellement le premier à la comprendre dans son désir incompressible d’être une artiste, mais il va, en plus, tout mettre en oeuvre pour l’encourager dans cette voie et cela jusqu’au bout et de toutes sortes de manières : spirituelles et concrètes. À partir de là, elle va tout faire pour vivre de son art.
C’est une femme libre, fermement décidée à laisser sortir tout ce qui l’habite depuis toujours afin de lui trouver une forme sur mesure.
L’artiste veut exposer, vendre et exister le plus vite et le plus fort possible dans ce milieu tant désiré. Elle veut occuper le terrain, ne laisser aucune chance à la marche arrière.

Claire est pour ainsi dire née à Cockerill, entre la sidérurgie et la forêt. Ce qui explique peut-être son oscillation permanente entre le plaisir de se saisir d’une technique, aussi contraignante soit-elle, et sa nécessité de s’ouvrir à la spontanéité. Ce qui, peut-être, explique également, d’une part, son besoin de dégager les structures les plus mécaniques du paysage et de la nature, et d’autre part, avec la même intensité, son envie de jouer, de laisser se faire les collisions du hasard et des rencontres.
Avec le recul tout ça n’est pas si clair.
Ce qui est évident, c’est son incroyable talent à être présente, au moment où vous la rencontrez. Ce qui est sûr, c’est la clarté de son regard, la précision de ses questions. Ce qui la rend présente, c’est l’insistance avec laquelle elle aiguise son regard et ses questions pour passer de l’autre côté des apparences. Elle veut comprendre.
Elle veut comprendre comment on prépare cette salade de tomates, comment on récolte cette graine sans charme dont elle fera plus tard une plante immense. Elle veut savoir ce qui entraîne le mouvement des planètes sur leurs axes, de quoi sont faites les béances des trous noirs, ce qui a entraîné la décision d’un ami de dire telle chose plutôt que telle autre.
Elle veut comprendre, donner corps à l’immobilité et à la danse des arbres, à ce qui favorise tel rendu en utilisant tel ou tel outil, à ce qui fait que l’on aime ou que l’on n’aime plus.
Ce qui caractérise et ce qui relie toutes les périodes artistiques de Claire Mambourg, c’est la présence. Les oeuvres sont là, sans qu’il soit vraiment nécessaire d’en dire quelque chose.
Ce qui ne fait pas réellement l’affaire de celui qui est en train d’enfiler les mots qui défilent sous vos yeux. C’est pas si simple de faire des oeuvres complexes qui ne disent que ce qu’elles sont, sans qu’il y ait besoin de commentaires. Je vais donc décider ici et maintenant de tourner les pages d’un album de famille, « le nôtre », à partir de la trajectoire d’une artiste et de vous laisser seuls, en toute intimité, en présence des oeuvres.

De 1985 à 1998, Claire va essentiellement se consacrer à la peinture et à la gravure.
Cela commence à l’Académie du soir de Liège pour la peinture et à l’Académie de Tournai pour la gravure. Ce fut pour elle la possibilité de se confronter à des orientations très éloignées de ce qu’elle imaginait être la peinture pendant toute la période où l’art n’existait que hors d’atteinte, dans le pli de ses aspirations les plus intimes.
Avant cela, il y avait le : « c’est comme ça et pas autrement » de nos vies sociales, professionnelles et conjugales. Il y avait ce que nous devons tous faire pour tenter d’être des hommes, des femmes, des mères, des pères, des collègues, des amis, des connaissances à la hauteur des attentes du dehors. Ce qui se passe à l’intérieur, nous fait penser à de la fièvre, des vieux restes d’enfance, des abstractions qui se heurtent à ce qu’il faut faire pour « faire partie ».
En entrant à l’Académie, tout s’inverse, tout devient limpide et hors de portée. Il faut bouger les meubles de la convention pour se consacrer à une main, elle-même au service d’une collection de sensations non exprimées depuis l’enfance. Il faut pousser les murs de ce que l’on a cru ou de ce qu’il a fallu croire, pour faire de la place à l’initiation d’une main avec son propre cerveau. Il faut défricher, ouvrir des horizons pour faire de la place à la matière et aux regards des autres sur les traces qu’on laisse sur une surface plane.
Ouille.
L’accouchement est difficile. Nous sommes à la fois le nouveau-né et la sage-femme. Tout est incroyablement peuplé de choses à apprendre, et nous sommes seuls au milieu de la meute d’une société du « oui mais concrètement ».
C’est aussi la rencontre exigeante avec son professeur Marc Angeli qui la poussera sans concession vers l’essence des choses, hors du refuge de l’ornementation et de l’anecdote. Plutôt que d’en rajouter pour espérer être aimé dans ce qu’on fait, on enlève. Il faut se débarrasser de ce qu’on nous a appris, pour aller au coeur, non pas de ce qui fait société, mais de l’individu.

Elle apprend vite, certaines peintures de cette époque n’appartiennent qu’à elle et ne pouvaient pas être faites autrement.
L’aventure des matières et de la couleur sur le carton, le papier ou la toile, se joue directement devant nous. C’est ce chemin de formes, de gestes et de couleurs qui se cherche devant nous, qui crée l’oeuvre et l’émotion qui s’en dégage.

Pour son travail artistique dans la gravure, elle pourra s’appuyer sur ses études secondaires orientées vers le graphisme (chez Claire, on ne jette rien).
Au sortir de ses études, elle a travaillé dans des équipes de graphistes et plus précisément dans la gravure et l’imprimerie. Dans ces jobs-là, il y avait déjà le plaisir, qu’elle aura plus tard dans son oeuvre, de déléguer ce qui va faire une image ou un plan à une certaine rigueur. Il y a déjà l’obligation de connaître scrupuleusement ce qui permettra de choisir pour un certain travail la bonne qualité d’une encre, de comprendre et de maîtriser toutes sortes de techniques et d’être extrêmement attentive à la précision des mesures. Il y avait également, déjà, le plaisir de la solitude du graveur sur sa plaque de cuivre, ou de lino, au milieu des machines et des outils tournés vers la création d’une image où l’on ne laisse à la fois rien au hasard et où, en même temps, on devient le premier spectateur de ce qui apparaît au sortir de la presse.
La plupart des gravures qu’elle créera tout le long de sa carrière seront à la fois d’une incroyable évidence et d’un mystère qui ne se résout jamais, comme l’écoulement de l’eau.

Entre 1994 et 1998, elle élargit encore le champ de ses investigations.
À travers l’énergie qui se déploie aux Brasseurs, elle se retrouve lancée dans le projet « Mouvement-Inertie ». Au coeur de cette organisation hors norme, elle est amenée à rencontrer des artistes de tous horizons. L’aventure passera par le Ludwig Forum à Aachen et par Ica Proton à Amsterdam, pour finir par un processus paracommand’art qui entraînera 305 interventions d’artistes du monde entier dans tous les lieux artistiques officiels et alternatifs de la ville de Valence.
Ce qui vivait déjà en elle dans l’enfance, pendant ses aventures forestières, ou son parcours professionnel, allié à l’intensité des rencontres de cette période-là, va trouver son embouchure à travers des peintures, des dessins, des gravures, des installations, des photographies, des sculptures totalement inédites.
De cette période vont découler des oeuvres qui privilégient toujours autant la présence aux choses, leurs architectures sous-jacentes et leurs déclinaisons entre « l’ordre et le chaos »1 mais avec une dimension existentielle supplémentaire.
L’observation du monde, la fractale en toute chose, l’infiniment grand, l’infiniment petit, ce cycle infini dans lequel nous ne sommes qu’une poussière n’empêche pas que notre propre fin, quand elle s’annonce dans ce que nous appelons le diagnostic, nous laisse pantois et simplement humains.
Les théories ne nous aident pas.
On a pris l’habitude d’accorder une certaine importance à la poussière que nous sommes.
Petit à petit, indépendamment des recherches sur les « ramifications », les découpes et les assemblages aléatoires de « Lettres à X » (voir le texte d’Anne Gersten) ou de la série « Entre les lignes », la présence de Claire se fait encore plus incisive, plus urgente, plus complexe.
La maladie est à la fois une atrophie et un aiguisement.
C’est vraiment vrai, on ne peut plus en douter, le temps nous est compté, la trace que nous laissons nous fait une belle jambe.
Il faut creuser encore plus profondément en soi pour trouver un sens.
L’artiste va s’emparer de ce sujet, je vous l’ai déjà dit un peu plus haut : chez Claire, on ne jette rien.
C’est un cancer, rien ne se passe comme prévu, on va se battre et vivre avec.

La mort est un sujet presque comme les autres, ça dépend des jours.
Plus le temps passe, plus la fin et la suite de l’histoire se précisent et plus son travail célèbre la vie.
Et puis un jour, les oeuvres sont là, comme autant de présences, comme autant d’hommages à la fragilité de notre condition. Les oeuvres sont venues seules jusqu’à nous, sans l’artiste.
Elles sont solides et dérisoires. Les parents avaient sûrement raison de ne pas vouloir que leur fille se consacre à ce que nous avons devant les yeux.
Mais la question ne se pose pas comme ça.
« Bon qu’à ça. » Ce fut la réponse de Samuel Beckett à la question du numéro hors-série de Libération : « Pourquoi écrivez-vous ? »
Pourquoi Claire Mambourg fait-elle tout ça ? Bonne qu’à ça ?

Dans cette magnifique exposition au Triangle bleu, mise en place par Marie-Claire Goosse et Francine Jacques avec Paul-Henri, Claire avait donné des consignes. Elle ne pourra pas venir, sa présence est à son comble.
Des montagnes comme des nuages, comme des songes, comme des cailloux, comme des moments de répit.
Des dessins comme des acrobates, juste un fil en équilibre au dessus du vide, des sculptures en cercle qui nous disent que tout va continuer, des peintures sur le motif, d’une maîtrise incroyable qui laisse passer le rouge vermillon vers le carmin dans un entrelacs de cathéters (paysage hospitalier), des grandes images qui, en nous montrant la disparition d’une aspirine dans un verre, la combustion d’un cône d’encens, les marques de deux pieds mouillés sur un sol bouillant jusqu’à l’évaporation totale, peuvent se comprendre dans l’autre sens.
Si on les lit, ces séquences de photographies de gauche à droite, les choses ne font qu’apparaître, le mot « Vie » dans un rouge de vivant, l’échographie de sa dernière petite-fille en trois mètres sur trois.
Tout était tendu vers l’amour de vivre, jusqu’à la dernière seconde, jusqu’à aujourd’hui où nous avons pris le relais, notre quart dans cet effort pour être présent.

S’il fallait dire quelque chose à propos du travail de Claire Mambourg aujourd’hui, je dirais que ce qui fait la fragilité de cette oeuvre, est de même nature que ce qui menace l’oeuvre de tous mes contemporains qui ne sont pas adoubés par le marché et la spéculation. Toutes ces merveilles ne peuvent compter que sur notre présence pour exister.
Ce qui fait l’actualité de l’oeuvre de Claire Mambourg, c’est qu’elle ne parle pas de Donald Trump, de Publifin, ou du transfert de Neymar.
Nous sentons de plus en plus, chacun à notre rythme, d’où nous sommes, que l’hystérie de nos commentaires sur ce que nous appelons l’actualité ne fait plus l’histoire.
Que l’avenir est dans « La Valeur des choses »2.
Que ce sur quoi nous allons pouvoir nous appuyer pour nous sortir de l’impasse climatique, par exemple, est logé dans l’architecture de la nature et dans notre capacité à nous en inspirer.

Que la responsabilité des vivants, c’est de « voir jusqu’à regarder », et que « ce qui serait neuf serait de se rendre compte que nous n’inventons rien »3 ; et que l’actualité serait plus supportable si nous étions plus présents à ce qui est déjà là.
Pour vous quitter aujourd’hui, je terminerai par ce qui devait servir d’introduction à cette humble contribution au travail de l’artiste.
Cette phrase, griffonnée sur le dos d’une facture, rendait compte de mon émotion devant un des très nombreux tableaux stockés dans les caves de Paul-Henri.
« … juste au bout du jour et de la nuit… à la limite de la branche posée sur la cambrure de la vallée, une droite fendue sort de la futaie jusqu’aux lumières bien rangées dans la canopée des étoiles… personne ne manque à l’appel… »
Werner Moron, 2017

1. « Ordre ou chaos ? ou l’organisation du désordre », exposition personnelle, Les Brasseurs-Art contemporain, dans le cycle « Echelle1/11 », 1999.
2. « La valeur des choses », publication de Claire Mambourg.
3. « A force de voir je finis par regarder - Je n’invente rien ». Phrase de Claire Mambourg pour le catalogue « Conclusions provisoires », éditeur responsable Les Brasseurs-Art contemporain.

 Claire Mambourg « Et le reste n’a pas d’importance » Anne Gersten

Sur un fond blanc ou grisé, parfois ocre clair ou rouge safrané, des traits gris pâle (blancs, si le fond est gris) traversent verticalement la toile en un parcours sinueux et chaotique. Ces tracés légers, souvent fractionnés, semblent se réorganiser d’eux-mêmes en une structure complexe mais répétitive. Les bords de la toile n’arrêtent pas leur cheminement qui se prolonge dans le vide ou se raccrochent à la toile voisine, si l’ensemble forme un diptyque ou un triptyque. Chaque tableau n’est lui-même qu’un fragment isolé, un élément tronqué d’une réalité inconnue, comme interrompu dans sa gestation.

Le motif, c’est l’arbre dépouillé de ses feuilles dont il ne reste que l’apparent désordre des branches s’épanouissant dans toutes les directions jusqu’à la cime. Mais à bien y regarder, depuis le tronc en passant par les branches maîtresses jusqu’aux derniers rameaux, ce réseau apparemment inextricable de branchages repose sur une structure identique très ordonnée : chaque ramification est la subdivision en deux de la précédente. Si cette structure est une constante géométrique – en langage scientifique, géométrie dite fractale –, les directions empruntées par les branches sont désordonnées, distribuées, semble-t-il, au hasard et scientifiquement imprévisibles1. Cette situation déterministe (la croissance de l’arbre et ses ramifications) présente donc une infinité de solutions possibles… chaotiques. C’est ce que les scientifiques appellent le « chaos déterministe »2.
L’arbre, si banal dans notre environnement quotidien et pourtant toujours fascinant, est à la fois l’exemple et la magnifique métaphore de la dialectique ordre-désordre qui sous-tend toutes les structures de l’univers, de la matière et de l’esprit, des choses et des êtres vivants. Dans la nature, l’ordre initial, au gré du temps et de sa complexification toujours croissante, tend vers le désordre – ou chaos – reproduisant à l’infini des structures semblables mais toujours différentes.
Cette théorie qui tente d’expliquer l’inexplicable, l’incertain, l’aléatoire… bref, tout ce qui échappe à notre volonté et à notre désir de rationalité et de mise en ordre, trouve dans l’oeuvre de Claire Mambourg, à la fois sa matérialisation dans le travail du pinceau sur la toile ou sur le papier, et sa conceptualisation dans la forme épurée des éléments de la nature devenus signes.
Et le reste n’a pas d’importance.
Claire Mambourg

Ses tableaux traversés par une ligne verticale à laquelle se raccrochent quelques ramures inachevées aux ossatures délicates sont aussi, au-delà de la théorie, comme ses propres « arbres de vie ». L’axe vertical, le tronc, donne le sens : avancer, s’élever, traverser.
Puis, rencontres, éloignements, obstacles, réussites, échecs, se succèdent dans le cheminement imprévisible de la vie, et s’ordonnent comme les branches de l’arbre selon le mouvement aléatoire de ses bifurcations et ramifications.

Dans les toiles intitulées Ordre, hasard, aléatoire, la verticalité de la ligne maîtresse est discontinue. La composition initiale découpée, au hasard, en bandes horizontales tels les points de bifurcations distribués, au hasard, selon le principe de la géométrie fractale dans le phénomène de l’arborisation, est reconstruite dans un ordre différent, aléatoire, qui aurait pu tout aussi bien exister.
C’est le même principe qui régit les compositions sur le thème de l’écriture, Lettres à X. Bouteilles jetées à la mer, lettres sans destinataire comportant un message inconnaissable. Ici aussi, le texte, cette fois préalablement découpé en bandes ou en carrés, est redistribué au hasard. Les bribes de mots ou de lettres (le message existe réellement) s’entrechoquent, parfois s’accordent, et s’organisent en autant de signes nouveaux qui apparaissent comme ceux d’une langue inconnue. Dépouillé de son contenu, le message occulté devient calligraphie pure et conquiert une esthétique intrinsèque, libre de charge sémantique mais lourde de mystère.
Sur les couleurs de la terre, ocre rouge, ocre jaune, ocre clair, s’inscrivent en noir, jambages, lignes courbes ou anguleuses, fragments de signes, au graphisme fluide, appuyé ou hésitant. Empreints de poésie, sans poème, ces splendides messages raffinés et délicats, parfaitement illisibles, ne renvoient qu’à eux-mêmes.
Alors, ne… lisez pas, regardez et contemplez.
Anne Gersten

1. Liées au phénomène de sensibilité aux conditions initiales, le SCI, dans la théorie des fractales de Benoît Mandelbrot. Voir aussi : Monique Dubois, Pierre Atten, Pierre Berge, L’ordre chaotique, dans « La Recherche », n°185, fév., 1987, p.196.
2. Roland Fivaz, L’ordre et la volupté. Essai sur la dynamique esthétique dans les arts et dans les sciences, Lausanne, Presses polytechniques romandes, 1989.

Légèrement modifié, ce texte a été écrit à l’occasion d’une exposition des oeuvres de Claire Mambourg à la galerie de Wégimont en 2006, suite à un long entretien avec l’artiste et une visite de son atelier.


Les manifestations sont organisées par l’asbl Wégimont Culture,
avec le soutien du Service culture de la Province de Liège
et en collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles.

La Galerie de Wégimont est située sur le parking bas du Domaine provincial
Chaussée de Wégimont, 76 -4630 – Soumagne
Gsm : 0477 38 98 35
- e-mail : info@wegimontculture.be
Visites les samedis et dimanches de 14 à 18 heures et sur rendez-vous


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