Andante

Cécile Dumortier
et Cécile Bruynoghe
lundi 22 janvier 2024
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Andante

Andante : une exposition à quatre mains

Un jour, chez des amis communs, deux« Cécile » se croisent, se revoient et au fil du temps, tissent des liens d’amitié.
Toutes deux sont musiciennes. Depuis leur enfance, elles décodent des partitions. Cécile Dumortier vibre au son de l’archet de son violoncelle, Cécile Bruynoghe imprime ses émotions sur le clavier de son piano. Des concerts, des enregistrements, des disques reflètent cet amour pour la musique comme les pièces qu’elles jouent parfois en duo dans des sphères plus intimes.


Cécile Dumortier, Le songe, 2023, acrylique sur toile, 60 x 50 cm


Cependant, une autre aventure artistique allait les tenter et celle-ci, comme le disait Bram Van Velde à propos de son travail, « ne pouvait être que la peinture ». Chacune devinant intuitivement que ce langage mystérieux et complexe correspondrait à cette envie impérieuse de créer, de rendre compte des murmures, des vibrations, des ondes et des forces insoupçonnées qui les animaient pour laisser derrière elles un brin d’éternité.
Désormais, leur bureau deviendra donc atelier. Il y aura des pinceaux, des brosses, des huiles, de l’acrylique, des chiffons et des taches de couleur sur le sol.
Il y aura aussi des prises de tête et des doutes, des dialogues solitaires douloureux ou enthousiasmants pour saisir des images dans l’urgence, des images qui n’existent pas encore. Puis, soudain, sur les murs, des esquisses se dessinent, des tableaux naissent et la Nature déclinée à l’infini sera le lieu qui les réunit.


Cécile Bruynoghe, Reine du ciel , 2023, acrylique sur toile, 30 x 30 cm


L’une est matière, l’autre est éther, l’une s’apparenterait plutôt à Beethoven, l’autre à Debussy (on n’oublie jamais son solfège personnel). Cependant, elles ont choisi de marcher vers la même direction.
Face à la décrépitude du monde, au cortège de ses aberrations et de ses injustices, cette direction qui échappe à toute boussole tient en une phrase : « Alors, nous irons voir la beauté ailleurs », j’emprunte ici le titre du livre magnifique de Corinne Morel Darleux, car qui sait si un jour l’intensité de leur rencontre n’inspirera pas une écrivaine ?
Histoire à suivre ...

Dominique Mathieu

Cécile Dumortier

Cécile Dumortier

Cécile Dumortier est juriste de formation et violoncelliste depuis son enfance. À quarante ans, elle intègre l’atelier de peinture de Patricia Bastin Andrien après un stage à I’AKDT de Libramont. C’est la découverte d’une nouvelle forme d’expression qui deviendra vite une quête permanente de transcendance et de contemplation du monde. D’abord les lieux industriels de la vallée de la Meuse, les axes et ponts routiers, les friches et les gares de triage, les chemins de halage. Les cathédrales de fer lui rappellent celle de Tournai, en pierre, sa ville d’origine et berceau de son éducation musicale.
Diplômée avec grande distinction de l’Académie des Beaux-arts de Liège, en cours du soir, elle poursuit son chemin en parcourant les routes d’ Italie, de Bretagne, de Provence et des Pyrénées orientales. La nature devient alors sa muse, une muse tourmentée qui l’entraîne dans les sous bois et les eaux parfois violentes des vagues se fracassant sur les rochers.


Cécile Dumortier, Port blanc, 2023, acrylique sur toile, 80 x 80 cm


Plus inspirée par Brahms, Schumann ou Beethoven, Cécile Dumortier exprime avant tout sa recherche de libération du geste et de la pensée, pour contrer une mélancolie raisonnée causée par le déroutement du monde. Cécile Dumortier a exposé en province de Liège et du Hainaut dans divers espaces publics et privés. Elle a son atelier dans le village de Fontin près d’Esneux où elle organise annuellement des rencontres picturales avec la collaboration bienveillante de Jean- Pierre Ransonnet

Anne Thielen

Cécile Bruynoghe

Cécile Bruynoghe

Cécile Bruynoghe nous présente quelques-unes de ses œuvres récentes : acryliques sur toile, sur bois ou sur carton dur, techniques aux exigences et contraintes parfaitement maîtrisées que l’artiste met au service d’un monde très personnel et qui pourtant à plus d’une reprise nous semble familier. Son travail s’inspire du souvenir de paysages réels, voire de documents collectés ou entr’aperçus au détour d’un cheminement imaginaire et qui l’incite au travail. Il nous est offert à voir, ici, une œuvre d’une grande cohérence et dans laquelle les tensions les plus contraires s’affrontent, comme cette inquiétude discrète et récurrente qui là, sourd d’un vol d’oiseaux ou d’un coin obscur de paysage mais que vient apaiser la clarté verdoyante qui l’environne, ou encore celle d’une « position dangereuse » d’une forme indéfinissable mais dont la composition en assure l’équilibre inébranlable.


Cécile Bruynoghe, Ciel d’aujourd’hui , 2023, acrylique sur toile, 31 x 30 cm


La touche vive, énergique de Cécile Bruynoghe, la partition des tons et couleurs, nous éveillent à cette évidence : la sensibilité de l’artiste est musicale, cela saute aux yeux ! Et on se surprend à garder un souvenir très précis de ces tableaux, souvenir que l’on emporte et puisque prendre avec soi c’est comprendre, ce n’est pas là le moindre bénéfice et plaisir qu’il y a à tirer de cette œuvre.

Anne Thielen